10 janvier 2005

Des étudiants accusent le Procureur d’avoir commis une erreur dans le dossier Graves

 
Le groupe d’étudiants déclare qu’aucune preuve ne relie Grave au massacre de 1992
 
Par HARVEY RICE
Copyright 2005 Houston Chronicle
Le détenu Anthony GRAVES attend de savoir s’il aura droit ou non à un nouveau procès. Si c’est le cas, les étudiants du réseau d’Innocence du Texas (Texas Innocence Network) sont certains qu’il sera acquitté.
 
Les étudiants déclarent avoir trouvé de nouvelles preuves, jamais présentées lors du procès qui innocentent Graves de l’assassinat de 6 personnes le 18 août 1992.

« Plutôt que de chercher justice, l’état cherchant à gagner à tout prix, a préféré dissimuler des faits et des preuves à la défense pouvant innocenter Graves » peut-on lire dans un extrait du rapport du groupe d’étudiants.

Le rapport cite toutes les preuves tendant à innocenter Graves, incluant la dernière information. Les étudiants affirment ainsi que celle-ci, la plus importante tend à réfuter le mobile que les procureurs ont retenu à l’encontre de Graves et dont ils se sont servis pour persuader les jurés de voter en leur sens.  
Mais pour entendre cette nouvelle preuve, faut-il que le juge fédéral Samuel Kent, de Galveston au Texas lui accorde un nouveau procès. Il étudie en ce moment même une recommandation qui refuse ce droit à Graves.
Le Magistrat Fédéral John Froeschner a conclu en novembre que Charles Sebesta, Procureur des comtés de Washington et Burleston au moment du procès était coupable d’avoir délibérément dissimulé à la défense une déclaration qui innocentait Graves.

Andrew Innerarity / Chronicle
Gia Gustilo, devant et à gauche le professeur de l'Université de St. Thomas professor Nicole Casarez, Meghan Foley, Chester Soria et Maria Narciso sont certains membres du programme de journalisme UST impliqués dans Réseau d'innocence - Texas Innocence Network - situtué à l'Université de Houston. Les étudiants travaillent sur la condamnation d'Anthony Graves de 1995 pour les meurtres de 6 personnes.

Mais Froeschner a également précisé que cette déclaration, signée par Robert Earl Carter, qui a été exécuté pour ces mêmes assassinats n’aurait pas modifié le verdict , et ce même si les jurés avaient été informés de son existence.

 
Dans une contre-attaque lancée par l’avocat de Graves, Roy Greenwood, celui-ci dit qu’il est malvenu de la part de Froeschner de spéculer sur la décision des jurés.
 
Un juré, Jim Hahn de Manvel a déclaré au Chronicle l’année dernière que le dossier était maigre et qu’il regrettait avoir condamné Graves. Il a ainsi transmis une déclaration écrite à cet effet au Réseau d’Innocence Texan.
 
Le couteau jamais retrouvé
La conviction de sa culpabilité est fondée presque totalement sur le témoignage de Carter. Le couteau dont Carter a accusé Graves de s’être servi pour les meurtres n’a jamais été retrouvé, et aucune preuve scientifique ne l’a jamais relié aux meurtres.
  
Carter s’est rétracté dans une déposition en 2000 dans lequel il a accusé le procureur Sebesta d’avoir menacé son épouse, Theresa « Coookie » Carter afin de l’obliger à témoigner contre Graves. Carter a de nouveau témoigné de l’innocence de Graves dans une ultime déclaration avant son exécution le 31 mai 2000.
 
En prenant sa décision, le juge Kent ne peut que se rapporter aux documents du procès, il ne peut pas prendre en compte les deux ans d’enquête des étudiants en journalisme de l’université de St Thomas à Houston, qui font partie du réseau d’innocence du Texas basé à l’Université de Houston.
 
Le procureur Sebesta déclare que les étudiants ont des informations qui sont hors contexte.
 
« Ce que vous disent ces gamins n’est pas ce qu’il est écrit dans les rapports du procès », dit-il. « Vous devez regarder l’ensemble du dossier ».
 

Soutien du détenu

Le professeur de journalisme Nicole Casarez qui supervise les étudiants déclare que leur enquête les amène à l’innocence de Graves.

« Rien ne prouve qu’il est coupable », dit-elle ;
        
Le Réseau d’Innocence avertit les condamnés que s’ils acceptent leurs dossiers, toute preuve de leur culpabilité pourra être utilisée contre eux.
 
Graves a également le soutien d’un ancien condamné à mort Kerry Max Cook qui a été finalement innocenté et dont l’histoire est jouée au théâtre dans la pièce L’exonéré.
Dans un entretien, Cook déclara que lors de son incarcération dans le couloir de la mort, Carter lui a avoué que Graves était innocent.
 
« Je parle au nom des innocents, mais je suis très sélectif ». « Je crois réellement qu’Anthony est innocent. Et je suis atterré de voir une personne si proche d’être exécutée ».
 
Graves, a qui on a pas encore donné de date d’exécution, a été condamné pour le meurtre de Bobbie Davis, 45 ans, de sa fille âgée de 16 ans, Nicole et des quatre petits-enfants (4 à 9 ans) à Somerville. Ils ont été tués par arme à feu, poignardés et battus avant que la maison ne soit mise à feu afin de détruire toute trace.
 
Casarez a rédigé un rapport de 17 pages qui démontre comment Carter a vainement tenté d’exonérer Graves des meurtres, en avouant son unique responsabilité aux autres détenus et en innocentant Graves devant ses avocats qui l’ont défendu lors de ses appels, mais également en écrivant aux avocats de Graves.
 
Le Réseau d’Innocence mené par les étudiants dit avoir découvert une lettre du 14 janvier 1998 dans laquelle Carter, alors en prison s’adresse à une femme qu’il appelle « sa seconde maman ».
 
Il écrit : « J’ai menti en accusant à tort un homme innocent pour protéger ma famille. Je l’ai dit au Procureur Général avant de témoigner (sic) contre Graves mais il a refusé de m’écouter ».
 
Sebesta a nié avoir eu cet entretien avec Carter en 1994. Mais en 2000, au cours d’une interview avec un journaliste de télévision, il a finalement reconnu avoir eu cette conversation.
 
Un entretien télévisé crucial
 
En se basant principalement sur ces nouvelles révélations apparues lors de l’interview, la Court du 5ème Circuit Fédéral d’Appel a transmis l’affaire à Froeschner, le magistrat en charge, pour déterminer s’il y avait eu, oui ou non, faute professionnelle du Procureur ce qui, dans ce cas engendre un nouveau procès.
 
Sebesta reconnaît à présent que Carter lui a avoué avoir commis seul les meurtres.
 
Mais Sebesta a ajouté que pour lui il s’agit d’un mensonge évident. « Je lui ai dit : Robert, tu n’auras jamais pu faire seul ça tout seul, sur ce il a cessé d’en parler ».
 
Les étudiants ont déclaré que Sebesta n’avait jamais informé la défense que Carter avait déclaré que sa femme l’avait assisté lors des meurtres. Sebesta a ainsi déclaré qu’il aurait poursuivi l’épouse de Carter mais qu’il n’avait aucune preuve à son encontre.
 
Le Réseau d’Innocence ajoute qu’un test de détecteur de mensonge et des enregistrements téléphoniques qui auraient pu aider la défense de Graves n’ont jamais été transmis à ses avocats.
 
Le témoignage de l’épouse
 
De plus, le Réseau d’Innocence a découvert lors d’une audience en octobre devant Froeschner qu’il existait une copie du témoignage de la femme de Carter devant le Grand Jury dont ni le juge, ni les avocats de Graves n’avaient eu connaissance.
 
Le document montre que Cookie Carter a déclaré au grand jury que son mari avait délibérément et injustement impliqué Graves à ses crimes.
 
Les étudiants mettent également en doute le mobile pour Graves. Les Procureurs ont mis en avant l’hypothèse que Graves avait assassiné Bobbie Davis parce qu’elle avait obtenu une promotion à l’école Brenham au détriment de sa propre mère.
 
Le principal de l’école a expliqué aux étudiants que, de toute manière la mère de Graves n’avait pas demandé de promotion et n’était donc pas jalouse.
 
Les procureurs ont aussi déclaré que Graves avait utilisé un couteau que lui avait donné son employeur, Roy Allen Rueter, qui possédait par ailleurs le même. Celui-ci a témoigné devant l’Adjoint du Procureur que « sans aucun doute » son couteau correspondait parfaitement aux blessures infligées.
 
Rueter a ensuite déclaré au journal Le Chronicle qu’il a appris par la suite qu’un expert en armes avait révélé que d’autres couteaux avaient pu servir à faire de telles blessures.
 
« La manière dont ils ont transformé la vérité en 1992 » a-t-il dit, « c’est ce qui, je l’avoue me donne le sentiment d’avoir été utilisé ».
 

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