Le bulletin d'Anthony

N°8 - SEPTEMBRE 2004

 

Sommaire :

sommaire

Editorial

EDITO

L’audience attendue depuis plusieurs mois a donc eu lieu ces 28 et 29 septembre à la Cour de Galveston. Au cours de la première journée à laquelle Anthony Graves a assité, le procureur Sebesta, son assistant et les deux premiers avocats d’Anthony, ont été interrogés par le juge Froeschner et l’un des avocats actuels  d’Anthony, M. Burnett. Anthony Graves nous raconte cette journée mémorable. La seconde journée était consacrée aux plaidoieries des avocats ; M. Greenwood est intervenu pendant une heure. La décision sera prise par le juge Kent au vu d’un rapport rédigé par le juge Froeschner. Le procureur Sebesta s’est contredit plusieurs fois et n’a visiblement pas été très convaincant ; c’est aussi l’opinion des médias qui étaient présents à l’audience. L’affaire d’Anthony Graves commence à faire l’objet de l’attention des journaux et des chaines télévisées aux Texas ; il se trouve que cette audience intervient alors que le débat sur la peine de mort et la question de l’innocence est plus que jamais d’actualité : la semaine dernière, Ernest Willis a été libéré après avoir passé 17 années dans le couloir de la mort du Texas…                                              

    I.P

sommaire

L'audience du 28 septembre : une lettre d’Anthony Graves :

 A mes chers amis et supporters,

En premier lieu, je veux vous dire merci. Merci pour toutes les prières que vous et vos familles m'avez adressées ainsi qu'à ma famille dans les moments les plus difficiles. Je vous en suis reconnaissant.  

Laissez-moi commencer par vous annoncer que l’audience s’est bien passée d’un point de vue général, si je dois la décrire avec mes propres mots. Mais laissez-moi revivre cette audience avec vous, en commençant par la nuit du mardi 27 septembre avant l’audience. Je pouvais à peine dormir. En fait je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.

 Puis aux environs de 6h du matin, les gardiens m’ont dit de m’habiller afin d’être emmené à Galveston ; vous savez le lieu où se tenait l’audience.

 Je me suis levé, je me suis habillé puis j’ai suivi les gardiens dans une autre pièce où ils m’ont donné d’autres habits à porter lors de l’audience. Ces habits respiraient le monde libre. Une fois les vêtements enfilés, j’ai commencé à me voir revêtant de tels habits de nouveau. En m’imaginant ainsi, j’ai commencé à sourire à pleines dents, comme si je venais de gagner au loto. Bien sûr je n’ai pas gagné à la loterie, puisque je n’y ai pas joué et j’ignore ce que c’est d’être riche. Mais cela doit être bien car porter ces vêtements est plus qu’agréable. Mais si les vêtements me plaisaient, restait un petit problème : Ce beau pantalon était bien trop grand pour moi ! deux tailles au-dessus ! (ha ! ha ! ha !) Je devais littéralement le tenir. Il tombait sans cesse et je devais lutter pour le garder sur moi.

 Puis les gardiens sont finalement arrivés pour m’emmener à Galveston. Ils ont amené avec eux des chaînes (menottes aux mains, aux pieds, chaîne…) Ils ont mis toute cette merde sur moi et j’ai dû faire la route pendant plus de 3 heures de Livingston à Galveston – qui n’a rien d’une ballade, attaché ainsi. Les mains liées, les pieds enchaînés. Une chaîne reliant les menottes des mains à celles des pieds. J’ai dû me présenter devant la court de cette manière, devant ma famille et presque tous mes enfants. Ce fut le moment le plus humiliant de toute ma vie. J’ai eu l’impression d’être un animal amené dans l’arène. C’était terrible. Et de plus je luttais contre le sommeil.

 Nous sommes arrivés finalement devant le bâtiment fédéral et ils ont enlevé les menottes, mes poignets avaient enflé et les doigts de ma main gauche étaient tout engourdis. Je n’avais encore rien avalé à cet instant.  On m’avait dit que la prison avait fait envoyé un sandwich à mon attention et que ce serait le seul repas prévu ce jour. Lorsque je suis sorti de la camionnette, mon pantalon est tombé à mes pieds. Un des gardiens l’a remonté. Il l’a remonté un peu trop haut à mon goût mais néanmoins, il l’a remonté.

Nous sommes entrés dans la salle d’audience et je fus très heureux de voir la salle comble. Tous ces gens présents pour me soutenir ! Pauvre de moi ! J’ETAIS AUX ANGES ! J’oubliais ainsi rapidement le voyage plus qu’inconfortable du matin.

 Maintenant passons à l’audience. Il y avait quatre témoins présents dans le box des jurés. L’un étant le diable lui-même, le procureur Charles Sebesta, l’assistant du Procureur Bill Torry, mes anciens avocats, Madame Lidia Clay Jackson et M.CALVIN GARVY.

 Le premier témoin était l’assistant du Procureur Général (Bill Torry). Il témoigna que le Procureur Général en charge ne lui avait jamais parlé des aveux me disculpant que M.Robert CARTER avait déclaré la veille de mon procès. Robert Carter est l’homme qui a menti à mon sujet et m’a envoyé dans cet enfer. En d’autres termes, l’assistant du Procureur Général a dit que, pendant toute la durée du procès, il a été maintenu à l’écart.

 Le second témoin était M.Sebesta, il a pris place à sa manière : fourbe, tout en se balançant d’avant en arrière dans sa chaise de témoin, comme toujours, en prenant un air intimidant. Et bien, je l’ai fixé du regard. J’ai rapproché ma chaise de la table afin de pouvoir le regarder de face à face. Bien qu’il était difficile de le regarder, j’ai fait de mon mieux afin qu’il se sente obligé de me regarder et d’éprouver ainsi quelque chose pour avoir menti et détruit ma vie. Je voulais qu’il ressente de la culpabilité pour tous ces mensonges et tromperies. Comment cet homme a pu jouer avec la justice pour obtenir une condamnation. Ils devaient apprendre comment cet homme pourrait (même à ce jour) leur faire la même chose. Je pense qu’ils savent à présent que cet homme poursuivait une mission destructive. DETRUIRE, DETRUIRE, et DETRUIRE. Qu’importe si c’est la vérité ou non. Je crois qu’ils sont ressortis d’ici en réalisant que c’était concevable que je puisse être innocent. Ils avaient besoin de comprendre que cet homme est vil.

 Mon avocat a posé des questions précises et difficiles. Il (Sebesta) a tout fait pour éviter d’y répondre en tournant autour du pot, mais le juge a sévèrement mis fin à son manège.  Il (le juge) lui a ordonné de répondre aux questions par oui ou non. En d’autres termes, d’arrêter de raconter des histoires. Je crois également qu’il a fait tout son possible pour éviter mon regard. La question qui lui était posée, avait-il oui ou non averti l’avocat de la défense du témoignage de M.Carter la veille (au petit matin) du procès . Il a recommencé à raconter des bêtises comme toujours, mais le juge est intervenu en l’obligeant à répondre.

Il a finalement répondu qu’il n’avait ni averti la cour ni l’avocat de la défense. Puis il a ajouté : « Oh, je pense me souvenir avoir prévenu Garvy (mon avocat à l’époque) à ce sujet. Et il a également dit « Il a rigolé et m’a répondu : « oh, et ça à présent. On en est à quoi, à la 7ème version ? » Alors qu’il venait de dire dans la même foulée qu’il n’avait prévenu personne.

Pas besoin de vous préciser que son blabla a continué, contredisant ses propres dires. Bien entendu, mes avocats étaient bien préparés.

 Ils lui ont posé des questions essentielles et ont apporté des documents pour justifier leurs questions.

 Troisième témoin : Mme Lydia Jackson. Elle était l’assistante de mon avocat au procès Calvin Garvie. Elle s’est levée et a témoigné que ni Sebasta, ni Torry ne l’ont informée des déclarations faîtes par Carter. Elle a ajouté que s’ils avaient été alertés, cela aurait eu un impact énorme sur l’issue de mon procès. Elle a dit que le jury avait juste besoin d’entendre les déclarations de Carter disant que je suis innocent. Ils auraient fait le lien avec les déclarations de Carter devant le Grand Jury (qui m’exonère totalement) et le jury en aurait tenu compte lors de ses délibérations. Elle a déclaré qu’elle était certaine que le vote nous aurait été favorable. Et je pense que les procureurs le savaient et que c’est pour cela qu’ils ont caché la vérité.

 Quatrième témoin : M.Garvie. Il a été génial ! Il a su répondre à chaque question piège du procureur et de ses adjoints. Ils n’étaient pas préparés , selon moi, à ses réponses rapides et précises. Il était là, prêt à bondir à chaque question . J’ai eu le sentiment qu’il m’a mieux défendu à cette audience que lors du procès. Il y a un vieux dicton que ma mère a l’habitude de citer : « mieux vaut tard que jamais ». et je lui suis reconnaissant pour être resté ferme. Il se reprenait rapidement et était inflexible sur mon innocence. Il a réaffirmé que le procureur ne lui avait jamais tenu une telle conversation. Il a ajouté, comme l’avait fait Lydia, que s’il avait été informé, ou avait eu connaissance d’une moindre déclaration de Carter, et avec sa stratégie, l’issue de mon procès m’aurait été entièrement favorable. Il a noté qu’ils n’ont jamais mentionné que Carter avait fait référence à un complice du nom de Red et d’un type du nom de Kenneth Koplin. Tout cela a été caché aux jurés et aux avocats de la défense.

Le juge a posé lui-même quelques questions. Il a ainsi interrogé chacun des témoins. Cela m’a permis de voir qu’il était réellement à l’écoute.

 J’ai confiance pour le verdict. Et j’espère que vous continuerez tous à me soutenir et à me garder dans vos prières.

 Je vous aime et que Dieu vous bénisse.

 Merci de votre attention.

Traduit par Sandrine Billard

sommaire

© 2004 Association Des mains Unies pour la Justice - Reproduction interdite sauf accord avec l'association


contact :

sommaire

page d'accueil