Des voix du couloir de la mort

 

La peine de mort est-elle politique ? par Dominique Jerome Green

La mort de la religion par Dominique J. Green

Dominique Green a été assassiné le 26 octobre 2004 par l'Etat du Texas. Il avait 30 ans. Plusieurs personnalités religieuses s'étaient opposées à cette exécution ainsi que le lauréat du Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, qui avait rendu visite à Dominique Green et la communauté de Sant Egidio. Dominique Green avait été condamné pour le meurtre d'Andrew Lastrapes Jr au cours d'un vol pour 50 dollars à Houston. Sa culpabilité n'était pas certaine. Un juge a stoppé l'exécution quelques heures avant l'heure ultime. Mais la cour fédérale du 5ème circuit a renversé cette décision et la Cour Suprême a refusé un sursis. L'épouse d'Andrew Lastrapes et ses deux fils ont demandé un sursis mais la commission des grâces a voté contre le sursis de 120 jours à l'unanimité et contre la commutation de la sentence en peine de prison à perpétuité à 5 voix contre 1. Andrew Lastrapes-Luckett (le fils de la victime) qui a rencontré Dominique pendant 3 heures la veille de son exécution a déclaré à la presse "Le Texas va mettre à mort, comme un animal, une personne loyale, en la posant sur une table, en l'attachant, en mettant ces aiguilles dans ses bras, en la faisant dormir. Nous ne sommes pas des chiens. Nous sommes des êtres humains juste comme n'importe qui d'autre. Il est un être humain, juste comme moi, juste comme vous"

source Associated press oct 26, 2004

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La peine de mort est-elle politique ? (écrit par Dominique J.Green)

D'autant que je puisse me souvenir la peine de mort a toujours été présentée au public comme une idée. Afin de protéger la société de ceux considérés comme une menace envers elle. Ceux dont les menaces ont changé au travers de l'évolution de l'histoire, des peurs compulsives en menaces ancrées notre psyché permettant ainsi à l'Etat d'écraser toute résistance à ses décisions. Que ces décisions proviennent d'une demande des leaders religieux déterminés à faire disparaître ceux qui prêchent librement, ou d'une multinationale dont les actions sont mises à mal par leurs employés et les syndicats ; ou d'extrémistes faisant la propagande de la disparition de leur race, si rien n'est fait pour massacrer ceux qui n'en font pas partie ; jusqu'à aujourd'hui où la justice dessert uniquement les riches tout en profitant malicieusement des pauvres.

Jusqu'à récemment, j'interprétais de cette manière et comprenais ainsi la peine de mort. Mais je n'ai jamais cessé d'examiner les aboutissants politiques, et comment ceux-ci avaient commencé. Mais un jour, un condamné à mort, Anthony Graves m'invita à participer à un groupe de discussion dont il était le médiateur. Il arriva après avoir reçu une visite d'une heure. Anthony Graves et son amie avaient entamé une discussion intensive sur la peine de mort, et il avait décidé de partager avec nous une question qu'elle le lui avait posée : la peine de mort est-elle politique ?

Pas besoin de vous le dire, certaines des opinions exprimées ce jour-là allaient à l'encontre de toutes les miennes. Mais le fait est qu'il s'agissait d'une discussion et non d'un débat m'incita à m'asseoir et à écouter. Et plus j'écoutais, plus je voyais les autres tomber dans le même piège que le mien. Afin de prouver que la peine de mort était un acte politique, ils répétaient tous comment et pourquoi la peine capitale avait été utilisée afin d'illustrer leurs pensées. Cette discussion non stop me rappela une lecture d'Aristote quand il décrivait la politique comme inhérente à l'homme. Quelque chose de cet ordre-là, me poussa à rester en arrière et à questionner mes propres opinions. Donc, plutôt que de réfléchir à ce que la peine capitale était devenue, je choisis d'étudier ses origines. Et il n'y a pas d'autre meilleure base de départ que ma propre vie.

Comme la plupart des gens, j'ai été entouré et élevé pendant mes premières années par et dans une communauté religieuse. J'allais dans une école privée catholique, et ma mère était très pratiquante, je ne manquais donc que très rarement la messe. Dans ces messes, dès mon très jeune âge, on implanta les graines de ce qui deviendraient plus tard mes opinions politiques. Ces opinions ont mûri lentement pour fleurir avec ce que la vie et l'expérience m'ont apporté.

Si vous étiez élevés dans un milieu strict, comme ce fut le cas pour moi, très tôt vous appreniez à vous dissocier de ceux qui faisaient le mal. Et afin d'être certain que vous ne seriez pas tentés par le diable, on vous apprenait à craindre la colère de Dieu en cas de pêchés.

Et si vous aimiez, comme moi, regarder les dessins animés, vous étiez à nouveau sujet à cette même idéologie : de Godzilla, à Ultraman, des Thundercats aux Trasnformers, de Voltron des Powers Rangers, des X-Men au Punisher : le bon triomphait toujours du méchant. Pas seulement en gagnant la bataille, en le tuant et en le détruisant. Et alors que l'on grandit, et que l'on commence à comprendre la folie qui nous entoure, où les personnes sont assassinées, les femmes violées, les individus volés, les enfants kidnappés, il est évident que nous avons besoin de nos super héros pour éliminer ces personnes diaboliques. Car peu importe la confiance qu'on l'on peut accorder en notre système judiciaire, il reste le plus grand échec de notre société moderne. Bien entendu, il retire pour un temps les méchants de nos rues, mais lorsqu'ils y reviennent, ils n'ont pas changé, ils ont même empiré. Ayant perpétuellement en tête cette idée, à chaque fois qu'une mise à mort est rendue possible par le système, nous sommes conditionnés à y apporter notre soutien : pour une fois, le bon ne l'emporte pas seulement sur le mal : il le détruit.

Est-ce que cela signifie que la peine capitale est politique ? Puisque la politique affecte chaque aspect de notre vie ; du langage que nous utilisons, aux institutions qui sont autorisées à nous éduquer, aux églises qui deviennent des maisons de culte, jusqu'à nos jobs, nos rêves, et à ceux qui deviendront réalité ; tout me ramène à un livre que je viens tout juste de terminer sur un garçon qui perd sa famille tragiquement et violemment, et qui ne grandit que pour pouvoir les venger, et je regarde les journaux et voit comment le public en a fait un film sur un homme qui voit les siens se faire massacrer et devient à son tour un meurtrier pour appliquer sa propre justice…rapporter plus de 100 millions de $ aux box-office, et je réalise que la réponse à ma question est évidente : Oui, la peine de mort est politique !

Traduction : Sandrine Billard

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La mort de la religion (écrit par Dominique J.Green)

Il existe plusieurs raisons qui amènent une personne à se tourner vers la religion, mais aucune n'est aussi importante que le sens de la vie et cette voie à suivre que la religion tend à donner à quelqu'un.

Embrassée par nous pendant notre jeunesse, synonyme d'immaturité, elle supplante nos idées imprégnées et les remplace par une forme de valeurs qui cultive nos cœurs et nettoie nos esprits jusqu'à ce qu'ils ne fassent qu'un avec la divine intervention trouvée à l'intérieur de notre âme.

Aussi, la religion est née pour nous permettre de grandir. Grandir à l'intérieur de personnes qui ne sont pas capables de repousser les tentations du diable, mais également d'y faire face et de lutter contre ; d'arrêter son invasion et de minimiser son impact destructeur. Et de donner une chance aux vies de ces anonymes dont leur destinée est d'être d'innocentes victimes.

La religion n'a jamais eu pour but d'être une arme. Un outil à utiliser contre les personnes. Car après tout, n'a-t-il pas été conclu que ce sont les actes, et non l'homme ou la femme qui les a portés qui sont l'œuvre du diable.

Néanmoins, à notre époque, des personnes et des prétendus leaders citent des passages des écritures saintes et citent certaines surahs pour construire des barrières qui divisent et justifient ainsi leur haine contre d'autres dès qu'il y a une différence d'opinion qui pourrait modifier leur interprétation personnelle de la religion.

Nulle part ailleurs est-ce plus évident que dans le débat actuel et controversé qui entoure la peine de mort - débat qui nous permet de voir à quel point, des deux côtés du débat, les personnes qui luttent se sont tellement inspirées de textes religieux afin de détruire l'autre tout en construisant leurs propres idéologies. En faisant de la propagande moralisante de leur position, en tenant des propos tels que " œil pour œil " ou " Dieu est seul à posséder le pouvoir de donner ou de reprendre la vie ", les croyants sont mis ainsi dans une position inconfortable, accusés d'hypocrisie lorsqu'ils sont prêts à déclarer le droit de prendre une vie et ainsi de se positionner au-dessus des autres et de Dieu, ou labellisés comme des ennemis combattant pour sauver une vie, dont seule la mort, pensent-ils peut compenser la vie de la victime.

Si la religion en général est là pour nous rendre meilleur, la dernière chose sur terre que l'on soit supposé faire est de se battre à propos de la théorie qui nous donne le droit de prendre la vie d'une personne et d'apparaître supérieur à Dieu, ou l'idée qu'en sauvant une vie, cela nous transforme en sauveurs. Le véritable débat ne serait-il pas de savoir ce qui pousse ces personnes à agir ainsi et non ce qu'on l'est supposé faire d'eux ?

Ceci ne devrait pas être aussi difficile après avoir réfléchi suffisamment aux vies qui emplissent les couleurs de la mort de notre nation de trouver facilement une réponse.

Car ce que vous trouverez, c'est une collection de personnes qui avaient besoin d'aide ou à qui on ne leur a pas donné leur chance.

Des personnes qui ont grandi dans une société de " Débrouille-toi ou crève" qui leur a dit qu'elles devaient créer leur propre chemin si elles ne parvenaient pas à le trouver. Cette société permet et continue de fournir au diable les conditions nécessaires pour prendre racine et subsister.

Ces conditions assassinent une personne, une famille et une communauté à la fois ; se répandant à une telle vitesse, elles n'ont pas seulement attiré l'attention de la communauté religieuse, mais lancer un appel aux armes comme solution.

Malheureusement la partie de la communauté religieuse qui s'est alliée aux partisans de la peine de mort a choisi la voie facile. Au lieu de se concentrer sur les actes criminels et d'utiliser leurs vastes ressources pour y trouver un remède, elles ont choisi de tuer chaque personne qui commet des actes criminels, dans l'espoir que le sang versé fera rétribution et réduira le nombre d'actes criminels. Malheureusement ce qui est oublié dans cette hypothèse où la mort a un effet rédhibitoire sur le crime, c'est que chaque prisonnier dont ils cherchent à diminuer les actions doit leur ressembler. Ils doivent venir de familles équilibrées et être membres de communautés soudées. Ils doivent avoir commis ces crimes car ils n'avaient rien d'autre à faire. Ils doivent être des personnes qui rient ensemble, parlent ensemble, travaillent ensemble et vont à l'église ensemble. Parce que seulement, et alors seulement, le message d'une personne condamnée à mourir aura les effets désirés - envoyer une onde de choc à travers toutes les communautés.

Quand vous regardez les détenus des couloirs de la mort, vous n'y voyez malheureusement pas ces personnes. Vous y trouvez au contraire des hommes et des femmes qui viennent de communautés pauvres, élevés dans des familles désarticulées, qui sont projetés dans le monde du crime - non pour le plaisir mais simplement pour pouvoir survivre. C'est pourquoi non seulement ce message de rédhibition porté par les partisans de la peine de mort fini dans des oreilles de sourd, mais ce message ne sera même jamais proche d'avoir un semblant d'efficacité.

Le seul résultat sera d'aggraver la situation. Ceci est prouvé par le fait, par exemple, que ceux, qui quelques années auparavant rentraient dans des magasins, tentaient d'y faire un hold-up et fuyaient dans la panique si par malheur un coup de feu était parti et avait accidentellement tué une personne - sont les mêmes personnes maintenant qui entrent dans une banque, tuant délibérément toutes les personnes et tentent d'éliminer toute preuve directe ou indirecte afin d'échapper à toute poursuite, sachant qu'à la moindre erreur de leur part, leur arrestation signifie pour eux l'arrêt de mort. La peine de mort n'a aucun effet sur le crime : elle a au contraire eu le malheur d'augmenter par milliers le nombre de personnes tuées lors d'un crime. Vous n'avez nullement besoin d'un diplôme pour analyser les faits ou lire les statistiques et en tirer vos propres conclusions.

La seule chose que vous ayez à faire est de poser cette question à ceux que les couloirs de la mort renferment. Mais encore, vous ne le feriez probablement pas car vous y seriez tellement surpris, plus encore si vous découvrez que la plupart des condamnés ne sont pas des monstres, mais des personnes qui ne sont en rien différentes de vous. Des gens qui ont cru, qui avaient prié, qui avaient la foi et partageaient nos valeurs mais qui se retrouvent isolés, châtiés, et haïs par les personnes mêmes qui ont aidé à créer l'environnement qui les a fait ainsi. Alors tandis que la plupart ont tourné le dos à Dieu croyant qu'ils ont été abandonnés, d'autres en sont venus à haïr la religion et à ne la voir que comme un outil utilisé contre eux, j'aimerais simplement vous poser une question :

" Comment une personne avec le cœur bon et une conscience claire peut décider qu'elle a le droit d'ôter la vie à une autre personne, lorsqu'elle ne fait absolument rien pour alléger les conditions de vie qui ont placé la personne à sa place de condamné ? "

Les personnes qui luttent contre la peine de mort ont de bonnes intentions mais sont eux-même incapables d'apporter une solution. Ils proposent simplement " qu'au lieu de tuer quelqu'un, condamnons-les à perpétuité afin de les éloigner à jamais ".

Mais cela ne résout en rien le problème. Car tandis qu'ils luttent pour garder en vie les prisonniers, les conditions qui ont créé cet environnement demeure une source majeure de procréation pour leurs communautés. Ainsi il y aura toujours des enfants grandissant dans des familles bancales, il y aura toujours des enfants qui ne pourront fuir la violence de la rue, il y aura toujours des jeunes qui rejoindront les gangs y chercher une famille en essayant de comprendre le sens du mot amour ; il y aura toujours la solution de fuir la dure réalité pour ces jeunes en préparant, coupant, en vendant ou en consommant de leur drogue, en se prostituant, en volant, le crime n'étant qu'un moyen de survie, et rien ne changera d'une génération à l'autre contribuant ainsi à remplir à sa capacité maximale l'industrie carcérale.

Le fait est que si rien d'autre n'est fait pour attiser les avocats des familles et les familles de crainte que ceux-ci (si la peine de mort était abolie) ne provoqueraient un véritable vacarme. Si les criminels n'apprennent pas quelque chose de leurs actes, les avocats et les familles qui ont perdu des êtres chers auront le sentiment que justice leur a été déniée, et ils commenceront à demander des sanctions qui, croient-ils peuvent enseigner de telles leçons que ces personnes ne répèteront pas leurs crimes.

Et inévitablement, nous aurons replongé dans le débat sur la peine de mort, avant que celle-ci ne soit de nouveau pratiquée et la lutte menée contre la peine de mort sera à reprendre à zéro.

Il y a un temps où les chefs religieux doivent faire un pas et doivent intervenir, parce que la personne qui a perdu un être cher doit comprendre que la justice ne se limite pas à la revenge, mais permettre à une personne qui les a blessées de mériter leur pardon. C'est cela le véritable enseignement de la religion. Le pardon. Ce n'est pas un manuel d'exécution nous enseignant comment tuer. C'est au contraire, un schéma pour la compréhension humaine qui peut nous enseigner, entre autres choses, comme guérir et pardonner ; comment empêcher la douleur de se répandre, affectant et détruisant la vie des autres. Mais ceci ne peut se faire si tout tourne autour de l'enfermement à perpétuité ou la peine de mort, car tant que ceux qui ont commis le crime vivent, la mémoire de leur victime également - aux yeux de la société.

Si aujourd'hui, les chefs religieux prenaient le temps de consoler les familles des victimes en leur enseignant comme se guérir grâce au pouvoir du pardon, si les proches des victimes pouvaient s'adresser à ceux responsables de leur peine et ainsi pouvoir tourner la page en obtenant les réponses à leurs questions, si l'église et les familles des victimes pouvaient travailler avec ceux incarcérés, ou condamnés afin d'inventer des remèdes qui reconstruiraient et non détruiraient les familles et les communautés, alors l'appel à la peine de mort se ferait moins entendre, diminuerait lentement puis disparaîtrait de la face de la terre.

Parce que l'amour (l'amour inconditionnel) se répand plus vite que n'importe quel degré de haine. A travers la puissance de l'amour, le pardon sera trouvé et nous apprendrons à nous voir enfin et à voir les autres familles et communautés.

Cependant, tant que la mort est la seule religion qui nous unit, nous resterons divisés, et conditionnés à haïr. Et cette haine finira par nous vaincre tous. Une personne, une famille, et une communauté à la fois.

Traduction : Sandrine Billard

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