La mort de la religion
(écrit par Dominique J.Green)
Il existe plusieurs raisons qui amènent
une personne à se tourner vers la religion, mais aucune n'est aussi
importante que le sens de la vie et cette voie à suivre que la religion
tend à donner à quelqu'un.
Embrassée par nous pendant notre
jeunesse, synonyme d'immaturité, elle supplante nos idées imprégnées
et les remplace par une forme de valeurs qui cultive nos cœurs et nettoie
nos esprits jusqu'à ce qu'ils ne fassent qu'un avec la divine intervention
trouvée à l'intérieur de notre âme.
Aussi, la religion est née pour nous
permettre de grandir. Grandir à l'intérieur de personnes qui ne sont
pas capables de repousser les tentations du diable, mais également d'y
faire face et de lutter contre ; d'arrêter son invasion et de minimiser
son impact destructeur. Et de donner une chance aux vies de ces anonymes
dont leur destinée est d'être d'innocentes victimes.
La religion n'a jamais eu pour but
d'être une arme. Un outil à utiliser contre les personnes. Car après
tout, n'a-t-il pas été conclu que ce sont les actes, et non l'homme
ou la femme qui les a portés qui sont l'œuvre du diable.
Néanmoins, à notre époque, des personnes
et des prétendus leaders citent des passages des écritures saintes et
citent certaines surahs pour construire des barrières qui divisent et
justifient ainsi leur haine contre d'autres dès qu'il y a une différence
d'opinion qui pourrait modifier leur interprétation personnelle de la
religion.
Nulle part ailleurs est-ce plus évident
que dans le débat actuel et controversé qui entoure la peine de mort
- débat qui nous permet de voir à quel point, des deux côtés du débat,
les personnes qui luttent se sont tellement inspirées de textes religieux
afin de détruire l'autre tout en construisant leurs propres idéologies.
En faisant de la propagande moralisante de leur position, en tenant
des propos tels que " œil pour œil " ou " Dieu est seul à posséder le
pouvoir de donner ou de reprendre la vie ", les croyants sont mis ainsi
dans une position inconfortable, accusés d'hypocrisie lorsqu'ils sont
prêts à déclarer le droit de prendre une vie et ainsi de se positionner
au-dessus des autres et de Dieu, ou labellisés comme des ennemis combattant
pour sauver une vie, dont seule la mort, pensent-ils peut compenser
la vie de la victime.
Si la religion en général est là
pour nous rendre meilleur, la dernière chose sur terre que l'on soit
supposé faire est de se battre à propos de la théorie qui nous donne
le droit de prendre la vie d'une personne et d'apparaître supérieur
à Dieu, ou l'idée qu'en sauvant une vie, cela nous transforme en sauveurs.
Le véritable débat ne serait-il pas de savoir ce qui pousse ces personnes
à agir ainsi et non ce qu'on l'est supposé faire d'eux ?
Ceci ne devrait pas être aussi difficile
après avoir réfléchi suffisamment aux vies qui emplissent les couleurs
de la mort de notre nation de trouver facilement une réponse.
Car ce que vous trouverez, c'est
une collection de personnes qui avaient besoin d'aide ou à qui on ne
leur a pas donné leur chance.
Des personnes qui ont grandi dans
une société de " Débrouille-toi ou crève" qui leur a dit qu'elles devaient
créer leur propre chemin si elles ne parvenaient pas à le trouver. Cette
société permet et continue de fournir au diable les conditions nécessaires
pour prendre racine et subsister.
Ces conditions assassinent une personne,
une famille et une communauté à la fois ; se répandant à une telle vitesse,
elles n'ont pas seulement attiré l'attention de la communauté religieuse,
mais lancer un appel aux armes comme solution.
Malheureusement la partie de la communauté
religieuse qui s'est alliée aux partisans de la peine de mort a choisi
la voie facile. Au lieu de se concentrer sur les actes criminels et
d'utiliser leurs vastes ressources pour y trouver un remède, elles ont
choisi de tuer chaque personne qui commet des actes criminels, dans
l'espoir que le sang versé fera rétribution et réduira le nombre d'actes
criminels. Malheureusement ce qui est oublié dans cette hypothèse où
la mort a un effet rédhibitoire sur le crime, c'est que chaque prisonnier
dont ils cherchent à diminuer les actions doit leur ressembler. Ils
doivent venir de familles équilibrées et être membres de communautés
soudées. Ils doivent avoir commis ces crimes car ils n'avaient rien
d'autre à faire. Ils doivent être des personnes qui rient ensemble,
parlent ensemble, travaillent ensemble et vont à l'église ensemble.
Parce que seulement, et alors seulement, le message d'une personne condamnée
à mourir aura les effets désirés - envoyer une onde de choc à travers
toutes les communautés.
Quand vous regardez les détenus des
couloirs de la mort, vous n'y voyez malheureusement pas ces personnes.
Vous y trouvez au contraire des hommes et des femmes qui viennent de
communautés pauvres, élevés dans des familles désarticulées, qui sont
projetés dans le monde du crime - non pour le plaisir mais simplement
pour pouvoir survivre. C'est pourquoi non seulement ce message de rédhibition
porté par les partisans de la peine de mort fini dans des oreilles de
sourd, mais ce message ne sera même jamais proche d'avoir un semblant
d'efficacité.
Le seul résultat sera d'aggraver
la situation. Ceci est prouvé par le fait, par exemple, que ceux, qui
quelques années auparavant rentraient dans des magasins, tentaient d'y
faire un hold-up et fuyaient dans la panique si par malheur un coup
de feu était parti et avait accidentellement tué une personne - sont
les mêmes personnes maintenant qui entrent dans une banque, tuant délibérément
toutes les personnes et tentent d'éliminer toute preuve directe ou indirecte
afin d'échapper à toute poursuite, sachant qu'à la moindre erreur de
leur part, leur arrestation signifie pour eux l'arrêt de mort. La peine
de mort n'a aucun effet sur le crime : elle a au contraire eu le malheur
d'augmenter par milliers le nombre de personnes tuées lors d'un crime.
Vous n'avez nullement besoin d'un diplôme pour analyser les faits ou
lire les statistiques et en tirer vos propres conclusions.
La seule chose que vous ayez à faire
est de poser cette question à ceux que les couloirs de la mort renferment.
Mais encore, vous ne le feriez probablement pas car vous y seriez tellement
surpris, plus encore si vous découvrez que la plupart des condamnés
ne sont pas des monstres, mais des personnes qui ne sont en rien différentes
de vous. Des gens qui ont cru, qui avaient prié, qui avaient la foi
et partageaient nos valeurs mais qui se retrouvent isolés, châtiés,
et haïs par les personnes mêmes qui ont aidé à créer l'environnement
qui les a fait ainsi. Alors tandis que la plupart ont tourné le dos
à Dieu croyant qu'ils ont été abandonnés, d'autres en sont venus à haïr
la religion et à ne la voir que comme un outil utilisé contre eux, j'aimerais
simplement vous poser une question :
" Comment une personne avec le cœur
bon et une conscience claire peut décider qu'elle a le droit d'ôter
la vie à une autre personne, lorsqu'elle ne fait absolument rien pour
alléger les conditions de vie qui ont placé la personne à sa place de
condamné ? "
Les personnes qui luttent contre la
peine de mort ont de bonnes intentions mais sont eux-même incapables
d'apporter une solution. Ils proposent simplement " qu'au lieu de tuer
quelqu'un, condamnons-les à perpétuité afin de les éloigner à jamais
".
Mais cela ne résout en rien le problème.
Car tandis qu'ils luttent pour garder en vie les prisonniers, les conditions
qui ont créé cet environnement demeure une source majeure de procréation
pour leurs communautés. Ainsi il y aura toujours des enfants grandissant
dans des familles bancales, il y aura toujours des enfants qui ne pourront
fuir la violence de la rue, il y aura toujours des jeunes qui rejoindront
les gangs y chercher une famille en essayant de comprendre le sens du
mot amour ; il y aura toujours la solution de fuir la dure réalité pour
ces jeunes en préparant, coupant, en vendant ou en consommant de leur
drogue, en se prostituant, en volant, le crime n'étant qu'un moyen de
survie, et rien ne changera d'une génération à l'autre contribuant ainsi
à remplir à sa capacité maximale l'industrie carcérale.
Le fait est que si rien d'autre n'est
fait pour attiser les avocats des familles et les familles de crainte
que ceux-ci (si la peine de mort était abolie) ne provoqueraient un
véritable vacarme. Si les criminels n'apprennent pas quelque chose de
leurs actes, les avocats et les familles qui ont perdu des êtres chers
auront le sentiment que justice leur a été déniée, et ils commenceront
à demander des sanctions qui, croient-ils peuvent enseigner de telles
leçons que ces personnes ne répèteront pas leurs crimes.
Et inévitablement, nous aurons replongé
dans le débat sur la peine de mort, avant que celle-ci ne soit de nouveau
pratiquée et la lutte menée contre la peine de mort sera à reprendre
à zéro.
Il y a un temps où les chefs religieux
doivent faire un pas et doivent intervenir, parce que la personne qui
a perdu un être cher doit comprendre que la justice ne se limite pas
à la revenge, mais permettre à une personne qui les a blessées de mériter
leur pardon. C'est cela le véritable enseignement de la religion. Le
pardon. Ce n'est pas un manuel d'exécution nous enseignant comment tuer.
C'est au contraire, un schéma pour la compréhension humaine qui peut
nous enseigner, entre autres choses, comme guérir et pardonner ; comment
empêcher la douleur de se répandre, affectant et détruisant la vie des
autres. Mais ceci ne peut se faire si tout tourne autour de l'enfermement
à perpétuité ou la peine de mort, car tant que ceux qui ont commis le
crime vivent, la mémoire de leur victime également - aux yeux de la
société.
Si aujourd'hui, les chefs religieux
prenaient le temps de consoler les familles des victimes en leur enseignant
comme se guérir grâce au pouvoir du pardon, si les proches des victimes
pouvaient s'adresser à ceux responsables de leur peine et ainsi pouvoir
tourner la page en obtenant les réponses à leurs questions, si l'église
et les familles des victimes pouvaient travailler avec ceux incarcérés,
ou condamnés afin d'inventer des remèdes qui reconstruiraient et non
détruiraient les familles et les communautés, alors l'appel à la peine
de mort se ferait moins entendre, diminuerait lentement puis disparaîtrait
de la face de la terre.
Parce que l'amour (l'amour inconditionnel)
se répand plus vite que n'importe quel degré de haine. A travers la
puissance de l'amour, le pardon sera trouvé et nous apprendrons à nous
voir enfin et à voir les autres familles et communautés.
Cependant, tant que la mort est la
seule religion qui nous unit, nous resterons divisés, et conditionnés
à haïr. Et cette haine finira par nous vaincre tous. Une personne, une
famille, et une communauté à la fois.
Traduction
: Sandrine
Billard